Jo Ann, qu'est-ce qui t'a décidé à prendre la plume pour la première fois ?
J’ai pris la plume par pur mimétisme. En 6ème, ma meilleure amie, une Anglaise qui me fascinait, écrivait de très longs poèmes. Je me suis dit, pourquoi pas moi ? Pourtant, même si j’ai commencé par la poésie, j’ai développé très vite un plus grand goût pour inventer des histoires. (...) A l’âge de 16 ans j’avais écrit mon premier roman (...).
Comment écris-tu ? La nuit ? Le jour ? Dans les transports ?
J’écris la nuit presque exclusivement.
J’écris de grandes lignes sur papier, je fais de grands schémas familiaux, des liens entre mes différents personnages, j’écris la carte d’identité de chacun d’eux… La préparation d’un nouveau roman m’excite, toutes les idées étranges me passent par la tête. Avec le temps, je choisis les plus simples ;-) Ensuite, je m’attaque à la mise en page. Je retape tout ce que j’ai écrit sur Wally (mon ordinateur), je peaufine, je modifie, le deuxième jet peut être très différent de celui que j’ai écrit sur papier. Il y a une exception, c’est lorsque je participe au NaNoWriMo. Même si j’écris surtout la nuit, je tape directement sur Wally. Il n’y a pas de temps à perdre et il faut toujours mettre le compteur de mots à jour. (...)
Acceptes-tu facilement la critique ?
Je ne peux pas dire que j’accepte « facilement » la critique, mais j’accepte. Il me faut du temps pour digérer (une semaine ?) pour ne pas réagir à chaud, mais après je prends note pour mes prochains travaux. J’ai envoyé une nouvelle pour la Revue des Ressources en Octobre/Novembre dernier, et les lecteurs ont écrit leurs avis (et refusé, bien sûr ;-)). Mais même si pour quelques critiques on a mal, il faut être honnête avec soi-même. Beaucoup des mauvais points qu’on m’a donnés, je savais que c’était 100% vrai ! A moi de bosser.
J’ai réécrit la nouvelle, gardant mes propres rythme et envie, tout en me corrigeant et notant soigneusement les progrès à faire. C’est comme ça que ça marche, et puisque je suis un tantinet perfectionniste, j’essaie vraiment de bien faire. La nouvelle, « A thin Line » a été publiée le 10 mars 2008 sur le site de la revue.
« Croire en soi », est-ce pour toi un leitmotiv ?
Tous les jours je me dis « je vais y arriver », « cette année est la mienne », « tout ira très bien ». Tous les jours, tous les jours. Et si je ne me le dis pas, je le pense très fort ! :-D Je crois dur comme fer que pour que les rêves se réalisent, il faut se le répéter souvent et lutter pour.
Ton enfance n’a pas été facile, tu as côtoyé les bidonvilles, la misère… Qu’en ressort-il aujourd’hui dans ton caractère, tes valeurs ?
Si je veux être honnête, côtoyer la misère n’a jamais été la partie la moins facile de mon enfance. Elle a été difficile pour plein d’autres raisons. C’est peut-être étrange de dire cela, mais lorsqu’on grandit avec un certain environnement, il ne nous choque pas autant. Surtout que mon père est né dans un bidonville, et ma mère vit toujours devant ce même bidonville. Depuis 21 ans, lorsque je repars à Luanda, je le revois et ça ne me repousse pas, c’est un arrière-plan familier.
(...) Nos soucis sont ailleurs. J’ai grandi dans un pays en guerre, avec les privations de tous les genres qu’on connaît, d’eau, d’énergie, de nourriture, de médicaments alors que j’étais un enfant très malade. En faisant un test psychologique, j’ai découvert que j’étais traumatisée par la guerre alors que je pensais que les atrocités m’étaient épargnées. Cependant, lorsqu’on me demande ma plus grande peur, c’est sûrement d’être tuée à coups de machette… Nous autres, tiers-mondistes, avons appris le système D. Nous savons faire sans eau courante, sans électricité et avec des patates. J’ai bien grandi. (...)
Tu écris dans de multiples langues ? Quelle est ta favorite ?
J’ai la chance d’être multilingue. Ayant grandi entre Cuba, l’Angola et le Portugal, dans un système français, à l’âge de trois ans, je parlais l’espagnol, le français et le portugais comme si j’étais native dans les trois langues. Après notre départ de Cuba, mon espagnol est devenu proche du nul, mais je l’ai vite remplacé par l’anglais, que j’ai dû apprendre sous la pression et très vite en Afrique du Sud. Je suis très à l’aise pour apprendre d’autres langues (sauf l’allemand) et j’adore ça.
Si j’ai commencé ma « carrière d’auteure » par de la poésie en portugais ainsi que mes premiers (faux-vrais) romans, très vite, je me suis tournée vers le français qui était et est toujours ma langue de cœur. J’ai toujours été française dans mon éducation, de la maternelle jusqu’à présent. J’ai appris à écrire et lire en portugais très tard et toute seule, j’ai commencé à avoir de vrais cours en CM2 lorsque nous sommes arrivés au Portugal. Très vite, écrire en français est devenu une évidence. Mes romans (les vrais de vrais, ceux avec qui je démarchais les éditeurs) sont tous en français. J’avais délaissé la poésie depuis des années jusqu’en 2004, où j’ai recommencé à écrire, mais cette fois-ci en anglais. Une manière d’exprimer mes sentiments sans pour autant quitter ma pudeur. Aujourd’hui, je me partage entre prose en français et poésie en anglais. Curieusement, jamais en portugais qui est pourtant ma langue maternelle. Je n’ai pas encore saisi mon déni ;-)
Dis-moi Jo Ann, tu es une jeune femme heureuse dans la vie ? Il te reste encore des rêves à accomplir ?
Je ne suis pas malheureuse. Et j’ai énormément de rêves ! Je n’ai que 25 ans, dire le contraire aurait fait de moi une fille blasée ! J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie, j’ai beaucoup voyagé, j’ai beaucoup vu, j’ai beaucoup vécu. Je n’ai peut-être pas toujours pris les bonnes décisions, j’ai déjà beaucoup d’échecs à mon actif. Je ne rêve que de me relever à chaque fois que je tombe et de mener mes projets à bien.