Propos recueillis par Elisabeth Robert, écrivain et éditrice aux Éditions Volpilière.

Jo Ann, qu'est-ce qui t'a décidé à prendre la plume pour la première fois ?
J’ai pris la plume par pur mimétisme. En 6ème, ma meilleure amie, une Anglaise qui me fascinait, écrivait de très longs poèmes. Je me suis dit, pourquoi pas moi ?  Pourtant, même si j’ai commencé par la poésie, j’ai développé très vite un plus grand goût pour inventer des histoires. (...) A l’âge de 16 ans j’avais écrit mon premier roman (...).

Comment écris-tu ? La nuit ? Le jour ? Dans les transports ?
J’écris la nuit presque exclusivement.
J’écris de grandes lignes sur papier, je fais de grands schémas familiaux, des liens entre mes différents personnages, j’écris la carte d’identité de chacun d’eux… La préparation d’un nouveau roman m’excite, toutes les idées étranges me passent par la tête. Avec le temps, je choisis les plus simples (...).

 Acceptes-tu facilement la critique ?
Je ne peux pas dire que j’accepte « facilement » la critique, mais j’accepte. Il me faut du temps pour digérer (une semaine ?) pour ne pas réagir à chaud, mais après je prends note pour mes prochains travaux (...).

« Croire en soi », est-ce pour toi un leitmotiv ?
Tous les jours je me dis « je vais y arriver », « cette année est la mienne », « tout ira très bien ». (...) Je crois dur comme fer que pour que les rêves se réalisent, il faut se le répéter souvent et lutter pour.

Ton enfance n’a pas été facile, tu as côtoyé les bidonvilles, la misère… Qu’en ressort-il aujourd’hui dans ton caractère, tes valeurs ?
Si je veux être honnête, côtoyer la misère n’a jamais été la partie la moins facile de mon enfance. Elle a été difficile pour plein d’autres raisons. C’est peut-être étrange de dire cela, mais lorsqu’on grandit avec un certain environnement, il ne nous choque pas autant. Surtout que mon père est né dans un bidonville, et ma mère vit toujours devant ce même bidonville. Lorsque je repars à Luanda, je le revois et ça ne me repousse pas, c’est un arrière-plan familier.
(...) Nos soucis sont ailleurs. J’ai grandi dans un pays en guerre, avec les privations de tous les genres qu’on connaît, d’eau, d’énergie, de nourriture, de médicaments alors que j’étais un enfant très malade. En faisant un test psychologique, j’ai découvert que j’étais traumatisée par la guerre alors que je pensais que les atrocités m’étaient épargnées. Cependant, lorsqu’on me demande ma plus grande peur, c’est sûrement d’être tuée à coups de machette… Nous autres, tiers-mondistes, avons appris le système D. Nous savons faire sans eau courante, sans électricité et avec des patates. J’ai bien grandi. (...)

Tu écris dans de multiples langues ? Quelle est ta favorite ?
J’ai la chance d’être multilingue (...). Si j’ai commencé par de la poésie en portugais ainsi que mes premiers (faux-vrais) romans, très vite, je me suis tournée vers le français qui était et est toujours ma langue de cœur. J’ai toujours été française dans mon éducation, de la maternelle jusqu’à présent. Très vite, écrire en français est devenu une évidence. Mes romans (les vrais de vrais, ceux avec qui je démarchais les éditeurs) sont tous en français. (...) Curieusement, jamais en portugais qui est pourtant ma langue maternelle. Je n’ai pas encore saisi mon déni.

Dis-moi Jo Ann, tu es une jeune femme heureuse dans la vie ? Il te reste encore des rêves à accomplir ?
Je ne suis pas malheureuse. Et j’ai énormément de rêves ! Je n’ai que 25 ans, dire le contraire aurait fait de moi une fille blasée ! J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie, j’ai beaucoup voyagé, j’ai beaucoup vu, j’ai beaucoup vécu. Je n’ai peut-être pas toujours pris les bonnes décisions, j’ai déjà beaucoup d’échecs à mon actif. Je ne rêve que de me relever à chaque fois que je tombe et de mener mes projets à bien.


 

L'interview en entier est chez Elisabeth Robert

 

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